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Noel Fenez
Noel Fenez
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La plupart des sites dits « localisés » ne sont que la version anglaise passée dans un traducteur. Les mots sont bons, oui, mais le contenu n’est pas pensé pour la personne qui le lit. Parce que la localisation, c’est bien plus qu’une nouvelle langue.

Une bonne localisation garde le même produit, mais retravaille la façon de le présenter, pour que la personne qui lit la page dans une autre région ait l’impression qu’on l’a bâtie pour elle.

Halter n’a rien traduit. Ils ont tout retravaillé.

Un très bon exemple de localisation, c’est Halter. L’entreprise fabrique des colliers intelligents qui permettent de clôturer et de déplacer son bétail à partir de son téléphone. Elle a commencé avec des producteurs laitiers en Nouvelle-Zélande, puis s’est lancée aux États-Unis.

Le plus intéressant? Le marché américain parle la même langue. Il n’y avait rien à traduire, mais ils ont quand même tout retravaillé :

  • Les mots. En Nouvelle-Zélande, on s’adresse aux farmers. Le site américain parle aux ranchers.
  • Les photos. Des paysages différents, des exploitations différentes, les races de bétail que les gens du coin reconnaissent.
  • Les preuves. Des témoignages d’éleveurs américains, pas de producteurs laitiers néo-zélandais.
  • L’histoire du produit. Aux États-Unis, le discours est bâti autour des grands ranchs bovins, qui fonctionnent très différemment des fermes laitières néo-zélandaises.

Même entreprise. Même produit. Même langue. Une expérience complètement différente sur le site.

Un rancher du Wyoming qui atterrit sur une page remplie de producteurs laitiers du Waikato ne penserait pas que quelque chose cloche. Il partirait, tout simplement, parce que rien sur la page n’était pour lui.

Même langue, mais pas le même public

Un lecteur à Montréal et un client à Paris lisent tous les deux le français. Servez du français de France à votre lecteur montréalais, et ça sonne raide et étranger. Servez du contenu québécois plein d’expressions locales à votre client parisien, et il décroche. Même histoire entre l’anglais du Canada et celui des États-Unis : l’orthographe, les unités, les jours fériés, même le nom qu’on donne à l’entreprise.

On le voit tout le temps chez nos clients : une seule version française, écrite pour « les francophones », qui tombe un peu à côté pour tout le monde. On l’a fait nous aussi. Une version française donnait l’impression que le travail était fait. Il ne l’était pas, et aujourd’hui on bâtit nos versions selon l’endroit où se trouve le lecteur, pas juste la langue qu’il parle.

La traduction, c’est le minimum, pas le travail

Traduire ce que vous avez déjà n’apporte rien de plus à ce lecteur. Vous convertissez des mots, vous ne parlez à personne.

Gardez le produit. Ensuite, assoyez-vous et demandez-vous comment quelqu’un de cette région lirait vraiment la page :

  • Comment les gens du coin l’appellent-ils? Termes de l’industrie, titres de poste, le nom même de la chose.
  • Que tapent-ils dans Google? Les mots-clés changent d’une région à l’autre, même dans la même langue. Ne traduisez pas vos mots-clés. Faites la recherche.
  • Que s’attendent-ils à voir? Des gens, des paysages, de l’équipement, la météo. Ce client imaginerait-il autre chose?
  • Comment l’utilisent-ils? Les clients américains de Halter n’exploitent pas leur ferme comme ceux de Nouvelle-Zélande. Les vôtres non plus, peut-être.
  • À quoi font-ils déjà face? Les règlements locaux, les saisons, les problèmes que votre produit règle autrement là-bas.
  • Qui se porte garant de vous là-bas? Des témoignages, des logos et des études de cas locaux valent mieux que d’excellents exemples venus d’ailleurs.

Un site traduit mot à mot, c’est comme un touriste qui lit son guide de conversation. Techniquement correct, mais tout le monde voit bien que vous n’êtes pas d’ici.

Commencez par les pages qui vendent

Pas besoin de retravailler 80 pages.

  • À retravailler en premier : votre page d’accueil, vos deux ou trois pages produits ou services les plus visitées, et vos pages d’atterrissage de campagne. C’est sur le contenu de vente et de promo que le lecteur prend sa décision.
  • À simplement traduire : politique de confidentialité, conditions d’utilisation, pages légales, documentation de soutien. Soyons honnêtes, personne ne lit votre politique de confidentialité pour le plaisir (et si c’est le cas, votre service juridique n’est probablement pas content).
  • Tout le reste : une traduction fera sûrement l’affaire. Aller plus loin, c’est trop se casser la tête.

Un mot rapide sur l’IA. Les outils qu’on utilise, comme Weglot et Webflow Localization, et la plupart des plateformes ont maintenant la traduction par IA intégrée, et c’est un bon point de départ. Un site traduit vaut mieux que pas de site du tout. Mais ça vous donne une traduction. Cet article parle de l’étape d’après.

N’ajoutez pas une langue juste parce que vous le pouvez

Regardez les données avant d’ajouter quoi que ce soit. Une nouvelle langue « parce que quelqu’un, quelque part, pourrait en vouloir », c’est plus de pages à entretenir et personne pour les lire.

Il y a deux bonnes raisons de bâtir une version :

  1. C’est là que l’entreprise s’en va. Même si une région ne représente que 10 % de votre trafic aujourd’hui, si vous poussez dans ce marché, allez-y à fond. Le site doit suivre la stratégie.
  2. La région convertit déjà. Pas des chiffres de trafic gonflés. De vraies demandes et de vraies ventes. Quand ça arrive, le marché essaie de vous dire quelque chose.

Si ni l’un ni l’autre n’est vrai, attendez.

Une exception : si votre entreprise est établie au Québec, un site en français n’est pas optionnel. La loi l’exige, peu importe ce que disent vos statistiques.

« Gérer plusieurs versions, ça va être un cauchemar, non? »

Seulement si vous refaites tout. Vous retravaillez une poignée de pages à fort impact et vous traduisez le reste. La structure du site reste la même, c’est le contenu à l’intérieur qui change.

La plupart des plateformes gèrent ça nativement. Vous changez les textes et les images par langue, sur la même page, sans bâtir et entretenir un deuxième site ou une deuxième page.

Regardez votre site comme le ferait un client local

Ouvrez votre site et mettez-vous dans la peau d’un client dans l’autre pays. Fait-il face à des règlements dont vous ne parlez jamais? Utilise-t-il votre produit différemment? L’utilise-t-il même de la façon dont vous l’annoncez en ce moment?

Regardez-le aussi objectivement que possible. Vous allez trouver pas mal de choses à changer.

Et si le nom de vos produits ne survit pas au voyage non plus, ça, c’est un tout autre article. Il s’en vient, et oui, il y aura des jeux de mots.

Vous connaissez une marque qui fait ça à merveille, ou une qui rate complètement son coup? Envoyez-la-nous.

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